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Mis à jour le jeudi 27 avril 2017 

 
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VENEZUELA
 
 

S’inspirer des actions citoyennes au Venezuela

 

S’inspirer des actions citoyennes au Venezuela

Il y a en Europe des actions citoyennes intéressantes, novatrices, mobilisantes. Le « vieux continent » n’est pas mort ni socialement ni politiquement. Mais ces expériences ont la vie dure, systématiquement freinées par une culture nourrissant le fatalisme, la perte de confiance dans nos capacités d’agir sur la société et notre imaginaire bloqué par l’échec du socialisme en Europe. Pour alimenter ma militance, mes convictions et mes actions, je suis partie six semaines au Venezuela y découvrir des mouvements sociaux.
Évidemment, le Venezuela « c’est pas le Pérou » ! Ce qui est mis en place n’a rien de fulgurant, les actions citoyennes n’ont rien de fondamentalement différent si ce n’est le contexte. Quoique également soumis au capitalisme et au fatalisme, là-bas, on essaye, on teste, on croit, on ose… À ce stade, après 10 ans d’un « chavisme », qui a d’abord tenté la troisième voie du social-libéralisme puis pris un virage vers le socialisme, ce n’est pas le résultat qui est épatant mais le chemin emprunté par les citoyens et encouragé par le gouvernement. Un véritable souffle. Une remise à jour de ce qu’ici, en Europe, on a mis au placard. Le contexte culturel du capitalisme occidental nous a persuadés que « ce n’était pas possible » ou que « ça ne changerait à rien », ou encore qu’« on n’y arriverait quand même pas ». Ce matraquage a moins formaté les esprits là-bas.
Globalement, on peut résumer en deux concepts clefs le processus soutenu par le gouvernement de Chavez : « protagoniste » et « intégral ». Derrière le mot « Protagoniste » associé à « populaire », la démocratie participative est recherchée, non comme gadget, mais comme alternative à la démocratie représentative. Ce n’est plus seulement voter, revendiquer, être consulté, c’est toute la démarche jusqu’à la décision, puis la mise en oeuvre et l’évaluation. Tous les citoyens sont encouragés à être ces protagonistes. « Ahora Venezuela es de todos ». Le terme « Intégral » implique lui de prendre en compte tous les acteurs et surtout tout le système qui a amené le problème, partant de la conviction que cette vision globale peut nous aider à le résoudre. Il va à l’encontre du taylorisme.

Voici quelques expériences intéressantes dans la participation et l’organisation de la société.

• Des médias alternatifs
Les médias traditionnels sont à la fois soumis et véhicules de modèles culturels guidés par des enjeux financiers. Trop souvent, ils sont nos ennemis, appauvrissant l’individu et le corps social. Au Venezuela, le bombardement médiatique va à l’encontre du projet politique actuel. Les multiples chaînes de télé privées font l’apologie de la jouissance égoïste et immédiate de l’entreprise culturelle capitaliste. Au delà même, les médias se sont substitués aux partis d’opposition affaiblis. Ils ont co-organisés le coup d’état en 2002. Face à ce phénomène puissant et contre-révolutionnaire, se développent des médias alternatifs, télévisions et radios, publics et associatifs, nationaux, régionaux ou locaux.« Quand la TV devient révolution ! »
Les spectateurs collectivement actifs sur les programmes Vive TV, par exemple, est une chaîne d’état créée pour la participation citoyenne. Deux mécanismes sont organisés. D’une part, ils ont constitué un comité de programmation composé de mouvements sociaux. D’autre part, des consultations populaires s’organisent quasi chaque semaine.
J’ai participé à une consultation populaire, dans un quartier populaire de Caracas : caméras, écrans géants, une trentaine de travailleurs de Vive, à 21h sous une grande bâche. Trois programmes sont soumis à leurs critiques. Toutes les idées sont récoltées pour que les gens se réapproprient « leur télé ». Processus difficile puisque le public ne connaît pas les programmes et n’a pas d’outils pour les critiquer. En bref, ce qui ressort d’entrée de jeu « c’est bien, continuez. On ne regarde de toute façon pas ce genre de programmes… et nos préoccupations sont ailleurs », excepté pour quelques intellectuels de Gauche du quartier qui sont à la base de l’initiative. Et voilà que les gens arrivent avec leurs préoccupations quotidiennes : l’eau et les poubelles dans le quartier. Apparemment, rien à voir avec ce qu’on leur demande sur les programmes. Mais le débat prend sens lorsque la modératrice demande comment la TV peut les aider face à ces problèmes. Progressivement, les interventions dépassent la complainte. La discussion co-constructrice rassemble alors les intérêts des uns et des autres. Émergent des propositions de contenus. Vive TV souhaite refléter, au-delà des revendications, les propositions de la communauté dans et par lesquelles elles s’engagent toutes les deux !
Repenser le rapport au temps Une fois par semaine, Vive TV organise une formation socio-politique à laquelle travailleurs et extérieurs sont bien venus. Lors d’une séance, le rapport au temps a été abordé. Dans le contenu y été développées des conceptions opposées du temps. « Le capitalisme nie le temps, seul le présent compte. Le temps apparaît comme un point. C’est une idéologie de la fin de l’histoire. Le capital n’a pas et ne peut avoir une conscience du temps historique. Plus de passé et plus de futur. Dès lors, ce modèle enferme la situation des opprimés dans ce qu’elle est aujourd’hui, affirmant qu’on ne peut la changer. Pourtant, le temps, dans sa continuité, est fondamental, synonyme de vie. Le temps capitaliste est donc à l’opposé d’une conception socialiste du temps, temps de l’humanité, bien plus long que le temps de l’individu. Pour le capital, le concept de temps libre, par exemple, n’a d’intérêt que s’il est lié à la consommation. Alors que dans l’idéologie socialiste, la diminution du temps de travail (libérant un espace possible de création, de formation) bénéficie tant à l’individu qu’à la collectivité parce qu’elle libère un temps pour penser collectivement le monde, pour sortir du déterminisme économique. »

La télévision véhicule un modèle de rapport au temps. Soit elle enferme la vie des gens dans des formats standards (52, 26, 16 ou 8 minutes), soit elle tente de se rapprocher du temps réel tant dans la production que dans la réalisation. Par exemple, lorsqu’une équipe part en reportage, avant de sortir caméras et micros, elle partage d’abord la vie des gens. Pour réaliser un montage d’une heure sur une coopérative agricole ou une communauté indigène, l’équipe vit avec elle pendant une semaine. À Vive ce sont les financements publics qui le permettent. Dans d’autres médias alternatifs, c’est le volontariat. Et il existe près de 50 TV communautaires légalisées.

Sortir de la division du travail : le « travailleur intégral » Pour rompre progressivement avec le modèle de division du travail entre manuels et intellectuels, le personnel est encouragé à découvrir et à se former au métier des autres dans l’équipe. Lors du tournage, l’initiative de la question ou de la prise de vue n’est pas plus réservée au technicien qu’au journaliste.

Se filmer plutôt que d’être filmé / quand les spectateurs deviennent producteurs de médias Les programmes de Vive, comme ceux des radios et TV associatives, donnent la parole et au-delà, proposent même les outils de production aux protagonistes, à ceux qui sont filmés, acteurs complets de la construction de l’image qui sera retransmise d’eux. Le média devient outil à s’approprier. On n’y parle pas « sur » un objet mais de « soi ». Le pouvoir institué de l’expert est ainsi questionné. Un des objectifs est de rendre intelligible les réalités vécues des classes populaires et pas seulement les savoirs intellectuels de « bourgeois experts ». Cela nécessite une préparation pour dépasser le stade de l’interview témoignage traditionnel parfois peu valorisant tant pour le filmé que pour celui qui filme. Les balbutiements des « auto-journalistes » débutants ne sont pas toujours attractifs mais nos modes d’évaluation s’en trouvent aussi questionnés. Le résultat final est-il plus important que le processus de création ? Doit-on centrer notre évaluation sur le seul audimat ou plutôt sur un « qualimat » ? Nous ne sommes pas tous artistes, ni professionnels de la TV mais nous savons tous communiquer. Comment rendre cette parole volée, tout en lui donnant toutes les chances d’être entendue ? Tel est le défi de ces médias laboratoires pour la communication du socialisme.

• Le modèle coopérativiste

La production abondante de biens de première nécessité est indispensable tant au socialisme qu’à l’autonomie économique et politique d’un pays. Le Venezuela étant complètement dépendant des importations, le gouvernement actuel tente différentes formules pour développer l’économie nationale et sortir en même temps d’une logique guidée par le seul appât du gain. Au-delà de la nationalisation (ex : ciment) ou re-nationalisation (ex : sidérurgie, pétrole) des grandes entreprises auparavant aux mains de multinationales, la politique économique vise à encourager le développement de coopératives. En 2002, les principes ont été transcris dans la loi. Elle traduit en termes concrets les soucis de limiter les rapports hiérarchiques, de partager les bénéfices entre travailleurs, d’assurer la transparence des décisions…

Égalité salariale ou course aux aides étatiques Beaucoup de nouvelles coopératives ont été créées depuis cette nouvelle loi. Mais les effets pervers font que la plupart sont nées dans le seul soucis de bénéficier des crédits « faciles » de l’état. Pourtant certaines, notamment pré existantes à la loi, ont développé un esprit coopérativiste qui nous rappelle des structures existant chez nous, il y a 20 ou 30 ans et qu’on retrouve en partie dans l’économie sociale aujourd’hui. J’ai passé une semaine dans les champs d’un « Comite Tierra » rassemblant des anciens paysans sans terre dans l’état de Yaracuy. Depuis que la loi attribue la terre à celui qui la cultive, ils ont cessé de lutter physiquement contre les propriétaires terriens et leurs polices. Ils ont construit une coopérative d’agro écologie. Ils cultivent essentiellement du maïs, des bananes et de caraotas (haricots noirs, une des bases de la nourriture nationale). Chaque année, ils font une évaluation des coûts de production, remettent cette évaluation au gouvernement qui leur accorde une avance. Cet argent est placé à la banque. Quand le maïs est récolté, le gouvernement l’achète et paie le solde entre ce qui a déjà été versé comme crédit et la valeur de la récolte. Ils en feront de la farine vendue à bas prix aux consommateurs via un réseau public de distribution. Dans la coopérative ARACAL, il y a 130 agriculteurs dont 10% vivent sur place. Ils travaillent 6 jours/semaine, 5h/jour donc seulement 30 heures par semaine. Ils reçoivent tous le même salaire qui constitue une avance sur leur part des recettes annuelles. Si la coopérative fait des bénéfices, ils seront normalement partagés entre tous en fin d’année. Les coopérateurs se réunissent tous les samedis avant la paye, en dessous de l’arbre à palabres, pour discuter de l’organisation du travail. Évidemment, il ne suffit ni de le vouloir et encore moins de le décréter pour créer les conditions de l’égalité parfaite. Et si le paysage est paradisiaque, que ce soit en termes écologiques ou d’égalité sociale, ils ne sont pas au bout du chemin. Mais ils ont fait les premiers pas décisifs.

Qui profitent de la plus value ? Les détenteurs du capital, les travailleurs ou tous ? La coopérative CECOSESOLA à Barquisimeto existe depuis 40 ans. Au départ, elle organisait des transports publics à moindre coût. Les autres transporteurs et le gouvernement de l’époque ne voyaient pas cette concurrence d’un très bon oeil. Un sabotage organisé par l’infiltration de travailleurs payés de l’extérieur a mis le projet en faillite. Mais l’équipe de base a tenté une nouvelle expérience dans un autre secteur, celui de la grande distribution. Petit à petit, autour d’un projet de marché de fruits et légumes, ils ont rassemblé des coopérateurs. S’y retrouvent les travailleurs et les producteurs, souvent eux-mêmes constitués en coopératives agricoles. Aujourd’hui, 4 marchés fournissent 40 000 familles grâce au travail des 600 employés coopérateurs. Ils fonctionnent sans hiérarchie, consacrant une journée par semaine pour organiser le travail. Ils sont complètement indépendants de l’état et procurent à leurs membres un revenu légèrement au-dessus du salaire légal (beaucoup de travailleurs au Venezuela sont encore en dessous) ainsi qu’une couverture sociale. Ils poussent la logique coopérativiste au-delà du seul intérêt des coopérateurs puisque les bénéfices ne sont pas partagés entre eux. Ils sont réinvestis dans des projets médicaux proposés à faible coût à la population et gratuits pour les coopérateurs. Les seuls qui gagnent un salaire plus élevé sont les médecins. C’est un choix contraint de la coopérative. Sans cet écart à leurs règles, ils n’auraient pas de médecins. C’est notamment à cause de ce même phénomène, que l’état a engagé des professionnels cubains dans les centres de santé de première ligne. Face à l’échec de nombreuses coopératives, on peut regretter que l’état ne se soit pas appuyé sur l’expertise de coopératives existantes avant lui. On peut aussi reconnaître la difficulté de construire un régime socialiste dans une société ayant surtout développé l’intérêt du gain.

• Les entreprises socialistes

Pour Hainan El Troudi, les organisations doivent construire des modèles où les dirigeants sont de simples facilitateurs de décisions prises par la majorité. Il parle d’un modèle de gestion en pyramide inversée. La récente mode des « entreprises socialistes » vise notamment cet objectif. Dans le projet, se retrouvent les soucis d’humaniser le travail, d’éliminer progressivement la division sociale du travail, l’aliénation au travail, la priorité du capital sur l’intérêt collectif et toutes les formes de discrimination. Il s’agit aussi d’impliquer les travailleurs dans les décisions, de diminuer les tensions salariales, d’intégrer l’entreprise dans la communauté où elle est implantée et de redistribuer les profits dans un intérêt général. PDVSA, l’entreprise qui produit le pétrole au Venezuela, illustre ce dernier objectif puisqu’une partie de ses bénéfices financent l’important programmes des « missiones », plus de 24 projets médicaux, sociaux et éducatifs dans tout le pays.

Impliquer les travailleurs dans les décisions, comment ? avec qui ? En ce qui concerne l’organisation de ce type d’entreprise, rien n’est encore défini législativement. Les entreprises tentent différentes formules de co-gestion. J’ai visité une sucrerie et une cimenterie. Toutes les deux ont été rachetées par l’état suite à la mobilisation des travailleurs qui refusaient les licenciements programmés par les actionnaires privés étrangers. Dans la cimenterie, avec l’aide de l’UNT (Union Nationale des Travailleurs, syndicat proche du gouvernement), ils essayent de mettre sur pied un conseil des travailleurs. Les 400 travailleurs sont organisés en département. Les représentants sont élus dans chacun des départements pour un mandat d’un an. Le conseil les rassemble ainsi que le directeur, délégué de l’état. Ils se réunissent toutes les semaines pour débattre de la gestion de l’entreprise. Les décisions sont idéalement prises au consensus. Lorsque je les ai rencontrés, ils étaient en train d’écrire leur règlement. Ils envisageaient de diminuer l’écart entre les salaires, mais qu’ils n’osaient pas diminuer les salaires déjà acquis, celui du directeur notamment dix fois plus élevé que celui des ouvriers. De la discussion que j’ai eue avec celui-ci, j’ai compris l’expression « rouge seulement de chemise, pas de coeur ». Pour lui, il reste des syndicats parce que les travailleurs ne sont pas encore conscients du changement. Pour les syndicats, c’est parce que le changement n’a pas encore eu lieu. Il est seulement en gestation. Pouvoir quand tu nous tiens…

Dans la sucrerie, la co-gestion fonctionne à travers un conseil socialiste de participation qui fait office de direction. Cet organe rassemble des porte-parole de tous les partenaires du processus de production du sucre, du cultivateur de cannes au consommateur. Le président actuel est un travailleur comme les autres et ne gagne que le double pour assumer sa charge complémentaire. Auparavant la production était revendue pour l’exportation (à Nestlé, Coca-Cola…). Maintenant, ils écoulent le gros de leur production pour la consommation des ménages sur le marché national.

Pour confronter et enrichir ces différents modèles, en dehors des formations politiques organisées sur le lieu de travail, des rencontres entre entreprises socialistes sont programmées.

L’entreprise socialiste se soucie de son environnement social Dans l’une et l’autre, il y a un département « développement de la communauté » chargé d’aider la communauté locale via des activités et /ou des financements. Par exemple, par rapport au manque de logements qui constitue une des premières questions sociales aujourd’hui, la cimenterie collabore avec des conseils communaux en vendant du ciment à prix réduit, en donnant des machines ou en apportant un soutien technique. Ils soutiennent également l’organisation d’un « mercal » (magasin d’état) sur le site de l’entreprise ou récoltent des médicaments et les redistribuent. La sucrerie, elle, soutient les producteurs de canne et les coupeurs. Son département social met sur pied une école socialiste, les contenus sont définis par le conseil de participation et la méthodologie est celle de l’éducation populaire. Ils participent même à une radio communautaire 2 heures par semaine.

Quelle place pour les syndicats dans la participation des travailleurs aux décisions ? Les syndicalistes de l’UNT sont favorables à la co-gestion, à la participation des travailleurs à tous les niveaux de l’entreprise. Pour eux, la concertation doit être organisée avec les syndicats de base, par région et pas de manière centralisée. Mais les syndicats, quoique très nombreux, n’apparaissent pas comme des acteurs incontournables de la révolution. Tout d’abord, parce qu’on constate dans l’histoire du pays un faible taux de syndicalisation. Beaucoup de sociétés dépendaient de multinationales sur lesquelles les syndicats n’ont pas de pouvoir. Et parce que certains des plus gros syndicats ont participé au coup d’état de 2002, notamment en organisant la grève du secteur pétrolier qui a paralysé tout le pays. L’histoire des relations état et syndicats est plus jalonnée de conflits que de concertation. • Conseils communaux : le pouvoir aux comités de quartier

Toujours selon Hainan El Troudi, la culture paternaliste est castratrice de dignité. La participation c’est prendre part aux décisions qui nous concerne ainsi que d’autres et contrôler leur exécution. Il lui paraît essentiel que les institutions d’état n’affectent pas leurs moyens sur des critères individuels sans consultation populaire où se détermine collectivement les critères de distribution.Cette dignité qui s’obtient quand on a le sentiment de participer à la société, la structure des conseils communaux la permet.

Les conseils communaux peuvent exister dès qu’il y a la volonté de 50 personnes d’un même quartier. Les mandataires sont élus pour deux ans sur base d’élections directes par quartier. Ils ne doivent pas être membres d’un parti politique. Les conseils communaux sont compétents en matière : éducation, santé, travail social, logement, transport, sport, culture, agriculture, environnement. Le gouvernement les finance par projets, sans limites de budget. L’assemblée du conseil communal est l’autorité maximale. C’est elle qui vote les projets qui seront introduits au gouvernement. Ils ont des réunions mensuelles.

A Urachiche, par exemple, il y a 42 conseils communaux qui fonctionnent pour 27 000 habitants. C’est une part essentielle du projet de Chavez de transférer les compétences des « caldera » (+-provinces/ les dernières élections ont eu lieu le 23 novembre dernier) dans les mains des habitants des quartiers via les conseils communaux. Les caldera sont trop bureaucratiques. Si l’organisation de la participation populaire se fait au niveau du quartier, le plus proche des gens, rapidement les conseils communaux se rendent compte de l’intérêt de travailler avec les autres conseils sur beaucoup de problèmes. Il y a une volonté inscrite dans la loi de parvenir à une égalité entre hommes et femmes (les conseils communaux doivent être paritaires par exemple). Ce processus d’éducation populaire et de développement d’un système démocratique n’est pas seulement participatif mais "protagoniste".

• Assumer la dimension idéologique de l’éducation populaire

L’éducation populaire nous vient d’Amérique latine. Se rappeler quelques fondamentaux nous permet de les mettre en pratique sans complexe même s’ils vont à l’opposé du modèle dominant. L’Université Bolivarienne créée il y a 5 ans au Venezuela forme ses enseignants au caractère éminemment politique des pédagogies. Lors d’une conférence, Jorge Gantiva, pédagogue colombien, posait la question « De quel type d’enseignants a besoin le changement, l’émancipation. Pour lui, les enseignants peuvent être les instruments du modèle dominant si leur pédagogie est simplement reproductrice. Face à certains enseignants qui pensent avoir La vérité, il destitue l’information qui n’est pas « connaissance ». Les savoirs ne sont pas uniques, pas désincarnés. Toute société qui veut se reconstruire a besoin d’une réflexion sur la pédagogie.À la question « Qu’est-ce qu’éduquer ? » s’allie une autre plus fondamentale « Pour quoi éduquer ? »

Créatrice de culture, l’éducation populaire part d’un choix idéologique d’émancipation des classes populaires, donc elle affirme sa non-neutralité. Elle s’appuie sur la participation, la valorisation des savoirs de chacun, percevant les sources de ce savoir dans l’expérience et les relations. Le processus de co-construction de savoirs chauds se poursuit jusqu’à l’action et il vise l’égalité. Il prend en compte toutes les dimensions de l’être humain : besoins, émotions, raison, action.

Pour Luis Bigott, l’éducateur est un agitateur. Au début, le concept d’éducation populaire impliquait juste l’élargissement de l’éducation à tous, la démocratisation de l’éducation. Aujourd’hui, l’éducation populaire est un type d’éducation qui vise la construction du pouvoir populaire.

Simon Rodriguez, professeur de Simon Bolivar, libérateur du Venezuela, faisait l’apologie de la pédagogie de la construction libre, processus permanent de construction et de déconstruction. Il présentait la pédagogie critique à l’opposé du colonialisme intellectuel.

Face au colonialisme mondial du capital, ces expériences et ces réflexions peuvent influencer nos actions et nous redonner le droit de rêver sans tomber dans la naïveté.

Myriam Djegham

 
 

 
 
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